La couleur: cette illusion qui nous influence ! Au-delà des apparences !

Du vert, du bleu, du rouge, du jaune, la couleur est partout, elle est omniprésente. Tandis que certaines couleurs accrochent votre regard et vous apaisent, d’autres vous énervent ou vous dégoutent. Selon notre culture, nos expériences et nos souvenirs, les couleurs (r)éveillent en nous des émotions. Et si la couleur pouvait avoir un impact sur notre façon de penser, de vivre ou de nous affirmer ? Et si les couleurs pouvaient modifier notre perception du monde réel ? Et si les couleurs pouvaient influencer nos comportements, nos humeurs, nos capacités intellectuelles ou nos désirs ? Et si les couleurs avaient un pouvoir ? Avant tout, les couleurs sont-elles acquises ou innées - ou, en d’autres termes: les couleurs existent-elles vraiment, par elles-mêmes ? Jean-Gabriel Causse, écrivain et designer français, s’est penché sur ces questions et leurs consacrent un enrichissant ouvrage intitulé “L’étonnant pouvoir des couleurs.” 

Couleur & impact ! 

Dans les années 1950, la société Procter & Gamble souhaite savoir si la couleur à une incidence sur sa lessive “Cheer” qui, à l’époque, est blanche. La multinationale états-uniennes, spécialisée dans les biens de consommation courante (hygiène et produits de beauté), décide alors de proposer à un panel de gens trois lessives de couleurs: l’une avec des paillettes jaune, l’autre avec des paillettes bleues, et la dernière avec des paillettes rouge. Le résultat des tests auprès des ménagères est sans appel: la lessive jaune “ne lave pas assez”, la lessive rouge “abîme” et la lessive bleue “lave plus propre, et elle sent bon le frais”. Aucun testeur n’a remarqué que toutes ces lessives étaient la même (avec le même pouvoir détergent), et que les paillettes de couleurs n’avaient, en réalité, aucun effet. La couleur aurait donc ce pouvoir: celui d’influencer les jugements quant à la qualité d’un produit. Avant de répondre à cette question, qu’est-ce que exactement que la couleur ?

Couleur, d’où viens-tu ? 

Comme l’écrit Jean-Gabriel Causse: “Au risque de vous décevoir, la couleur n’existe pas ! Ou plus exactement, “elle n’existe que parce qu’on la regarde. C’est une pure production de l’Homme”, écrit Michel pastoureau. Voilà qui est assez difficile à admettre et va à l’encontre de notre intuition.” La couleur n‘existe que parce qu’elle est vue, que parce qu’elle est perçue. A chaque espèce animale, sa vision de la couleur d’une chose.

Donc qu’est-ce qu’une couleur ou plus exactement une perception colorée ? C’est une longueur d’onde que perçoit l’oeil humain. L’oeil est sensible à certaines longueurs d’onde comprises entre 380 et 780 nanomètres. Les scientifiques parlent de spectre optique. Plus simplement, il s’agit de la lumière que voit l’oeil.” (Jean-Gabriel Causse)

“La couleur est le langage de l’oeil”, comme se plaît à le dire le peintre Pierre-Marie Brisson 

La teinte, la luminosité (ou valeur) et la saturation sont les trois éléments qui caractérisent la couleur. “La teinte est la couleur spectrale correspondant à une longueur d’onde unique (Bleu, Vert, Jaune, Rouge, Brun, etc.). La luminosité, c’est schématiquement son pourcentage de blanc. Sa saturation s’apparente à son pourcentage de gris.” (Jean-Gabriel Causse)

Couleur & peinture 

Une anecdote. “La chandelle est une lumière que l’on a souvent tendance à négliger. C’est un tort. En particulier quand on expose certains peintres. Nous avons tous entendu dire que des artistes aussi prestigieux que fauchés peignaient éclairés par de simples bougies. Ils créaient donc leur palette de couleurs sous cette lumière très orangée. Or les conservateurs de musée ne cherchent pas à présenter leurs tableaux selon les couleurs que voyaient les peintres en s’adonnant à leur art, mais en fonction de nos habitudes contemporaines d’éclairage avec une lumière blanche ! Voilà pourquoi beaucoup de tableaux nous apparaissent très bleus dans les musées. On dit que Picasso aurait peint à la bougie à ses débuts. On serait donc en droit de se demander si sa période bleue ne serait pas simplement une erreur d’éclairage dans l’exposition de ses oeuvres.” (Jean-Gabriel Causse)

Couleur & mémoire 

“Les couleurs ont une incidence spectaculaire sur notre mémoire. Pour ceux qui doivent apprendre leurs leçons, la couleur améliore l'apprentissage de 55 à 78% (étude Embry, 1984). Mieux ! On n'apprend pas par coeur bêtement: la couleur nous aide à comprendre. Elle augmente la compréhension de 73 % (étude Johnson, 1992). Donc, vive les surligneurs de couleurs et les présentations très colorées !” (Jean-Gabriel Causse)

Couleur & relaxation: un focus sur le rose 

“Il y a pourtant une couleur dite chaude qui s'avère relaxante : le Rose. En voici une démonstration spécialement savoureuse : on la doit à Alexander Schauss, un scientifique particulièrement persuasif, directeur de l'American Institute for Biosocial Research. Il réussit à convaincre en 1979 les commandants Miller Baker, du Centre correctionnel de la Marine américaine de Seattle, de peindre les murs des cellules en Rose. Non sans mal : difficile de faire passer cette expérience dans le monde viril de l'armée. Pour les remercier d'avoir finalement accepté, Alexander Schauss donna leurs noms à son Rose, le Baker-Miller Pink. Selon le rapport délivré à la Navy après 5 mois d'expérience, une exposition d'à peine 15 minutes à cette couleur suffisait à réduire l'agressivité des détenus pendant 30 minutes au moins, rendant ainsi plus faciles les tâches du personnel. Après leurs sorties, les effets se poursuivaient encore au moins une demi-heure." (Jean-Gabriel Causse)
« Le Rose réduit le rythme cardiaque, la pression sanguine et les pulsations. C'est une couleur tranquillisante qui sape votre énergie et réduit l'agressivité », explique Alexander Schauss à l'origine de la couleur de ces cellules. 

Couleur & Soin 

“La communauté médicale est aujourd’hui unanime sur les vertus de la lumière sur notre santé. Cette même communauté médicale est aussi unanime sur les vertus de certaines longueurs d’ondes précises. On traite bien les cancers avec des rayons X. Par ailleurs, les UV ont une action certaine sur la peau, puisqu’ils peuvent provoquer des mélanomes. En agro-alimentaire, les stérilisateurs UV sont la norme. Quelques secondes d’exposition aux rayons UVC suffisent à stériliser les aliments de tout bio-contaminants de surface à plus de 99,999 %", explique Jean-Gabriel Causse, avant de renchérir: "Je vous rappelle pourtant que les rayons X, comme les UV, sont des longueurs d’onde au même titre que les couleurs, à la seule différences que nous ne les voyons pas. Pourtant personne ne remet en cause l’action des rayons X ou des UV, alors que, étrangement, quand il s’agit de la lumière du spectre visible, la communauté médicale fait majoritairement une moue dubitative. Y-aurait-il des actions thérapeutiques avec les longueurs d'ondes du spectre visible ? Bienvenue dans le monde de la colorthérapie, de la chromothérapie ou de la thérapie par a couleur. Cette discipline faisait, paraît-il, partie de l’arsenal thérapeutique des druides, des chamanes et des prêtres incas.”

Donc, 

Les couleurs que nous percevons nous influencent, réellement. Dès lors, pourquoi ne pas écouter nos “caprices” quant à la couleur ! Pourquoi ne pas oser la couleur, ne pas oser le changement de couleur dans votre cuisine, dans votre salle de bain, dans votre chambre, dans votre bureau, dans votre garde robe, pour vos lunettes, pour votre fond d’écran d’ordinateur, selon votre humeur. Car ces caprices peuvent être en réalité de véritables besoins physiologiques. Car ces envies subites peuvent-être nécessaires pour votre bien-être, votre parcours de vie. Ecoutez le langage couleur que votre corps et votre esprit réclament, et assumez pleinement votre choix: si vous en êtes content, alors cette décision est la bonne, quoi qu’en disent vos proches (et la mode) ! ;)

Source: "L'étonnant pouvoir des couleurs", Jean-Gabriel Causse, Ed. J'ai Lu, 22 janvier 2019





Cette photo est en noir & blanc, mise à part quelques lignes colorées - et pourtant nous voyons de la couleur, partout. Crédits : Øyvind Kolås

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