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mercredi 5 mars 2014

La pareidolie: cette capacité mentale de voir des formes dans de l'informe

En juin 2012, un groupe salafiste appelle les musulmans à ne pas ingurgiter des tomates, cet aliment trop chrétien qui, une fois décapité, affiche une croix. En novembre 2004, Goldenpalace.com, un casino, se porte acquéreur d’un toast au fromage qui représente la vierge Marie. En 2001, des images des tours jumelles en feu, à New-York, montrent que les volutes de fumées qui s'en réchappent forment le visage du diable. Est-ce le fruit du hasard ? De notre débordante imagination ? Ou un phénomène instinctif, un héritage de nos ancêtres à des fins de survie ?


« Des visages, des figures, Dévisagent, défigurent, Des figurants à effacer, Des faces A, des faces B. » Enfant, je ne cessais de scruter le ciel à la recherche de nuages qui prendraient une forme connue. Un animal, le visage d’un être humain, un objet de la vie courante. J'y passais du temps. Piètre sculpteur, la Nature semblait avoir du mal à modeler ces amas de gouttelettes d'eau en suspension informes afin de leur donner une apparence plus identifiable.
Moins rêveur, la nuit dans ma chambre, j’étais beaucoup plus terrifié lorsque des silhouettes fantomatiques semblaient danser devant mon visage. 

La pareidolie, une sorte d’illusion d’optique. En fait, cette disposition mentale, de visualiser des formes dans de l’informe, se nomme la pareidolie, que Gérald Bronner défini, dans l'ouvrage « La rationalité: Mythes et réalités », comme : « la capacité du cerveau humain à conférer à un stimulus vague ou imprécis un sens clair et distinct, » souvent une apparence humaine ou animale. « Les  visages  semblent constituer  l’un  des  stimuli  visuels  les  plus  importants  de  notre environnement, » rajoute Gladys Barragan-Jason, auteure de « La dynamique du traitement des visages : du percept à la familiarité », avant de renchérir:  « En effet, nous traitons en permanence le visage de nos congénères afin d’en extraire les moindre détails et d’obtenir des informations sur l’état émotionnel ou même sur ce  que pense  ou  perçoit  notre  interlocuteur. Notre  propension  à traiter  les  visages  de manière compulsive nous amène même à en voir là où il n’y en a pas. »

Pareidolie vient du grec ancien para-, « à côté de  », et eidôlon, diminutif d’eidos, que l'on peut traduire par « apparence, forme. »


« Selon Atran, notre propension à distinguer des visages ou des “agents “ à partir de formes confuses serait un héritage biologique de nos lointains ancêtres, »  nous explique Gérald Bronner: « Ainsi, explique-t-il, la reconnaissance des visages est probablement une des toutes premières acquisitions du nourrisson. Pour lui, l’identification des faciès amicaux ou hostiles devient rapidement vitale. Cette aptitude évolue en atout sélectif lorsque le danger est essentiellement humain (...) Cette tendance s’est biologiquement développée chez l’homme parce que de ceux qui en étaient dépourvus avaient de chances de survie plus faible que les autres. Dans ces conditions, nos ancêtres se trompaient souvent, mais cette capacité à imaginer le pire était une garantie de survie dans un environnement très hostile. »

Et à Gladys Barragan-Jason de conclure: « Cette « obsession » pour les visages nous permettrait d’inférer à autrui des états mentaux  afin  d’en  prédire  le  comportement  et  de  pouvoir  ainsi s’adapter  et  interagir correctement en société. » Aussi, certaines expériences psychologiques exploitent la paréidolie pour obtenir des informations sur l'état psychique du sujet, comme le test de Rorschach (l’interprétation de tâches d’encre.) Alors, que voyez-vous ?

Bonus: Un compte Twitter, cliquez ici, et la naissance du smiley, par Forest Gump. Là aussi, on distingue des figures ;)


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